Déclaration du groupe des Ex-prostituées contre la servitude sexuelle légiférée

Wednesday, July 28 2010

À titre de femmes ayant été prostituées à Vancouver et considérant les faits suivants :

Nous voulons que vous sachiez que:

Nous sommes des femmes à qui la prostitution a causé du tort. Nous croyons qu'aucun changement aux conditions et aux lieux dans lesquels nous avons été prostituées n'aurait pu réduire de manière significative les torts que nous avons subis. Et nous considérons au mieux comme une insulte de voir les torts que nous avons subis dans la prostitution normalisés en les rebaptisant «travail».

Il nous importe très peu d'avoir été prostituées dans les rues ou dans les endroits tolérés et autres agences d'escortes de Vancouver. Nous ne nous souvenons pas des lieux mais plutôt des hommes qui nous ont toujours traitées comme si nous n'étions pas tout à fait des êtres humains. Nous nous souvenons des innombrables autres hommes et femmes qui ont quotidiennement détourné leur regard. Nous nous souvenons du manque total de services ou d'options viables et du déni flagrant d'accès à tout type d'aide ou de justice. Nous nous souvenons avoir du «étouffer» notre sentiment d'avoir droit à une meilleure vie afin de pouvoir supporter celle que nous vivions. Et nous nous souvenons trop bien du désespoir paralysant qui nous a envahies lorsque nous avons finalement cessé de croire qu'il existait en ce monde quoi que ce soit de décent et de bon.

Nous nous opposons à toute mesure qui mettrait plus de pouvoir dans les mains des hommes qui nous ont violentées en leur disant qu'ils ont légalement le droit d'agir à leur guise. Cette proposition n'est pas la nôtre, elle n'aurait pas affecté pas notre niveau de sécurité de manière significative et ne nous aurait en rien protégées des torts inhérents à la vie dans la prostitution.

Nous sommes loin d'être impressionnées par les propositions qui prétendent rendre la vie des femmes prostituées «plus sécuritaire». Plus sécuritaire n'est pas suffisant. Nous considérons comme une violation de nos droits humains le fait d'avoir pendant des années été abandonnées dans des situations qui, selon la loi actuelle, correspondent à la définition d'agression sexuelle. Mais en plus de ne pas prendre en compte, porter en justice et punir cette violence, on nous dit aujourd'hui que nous l'avons choisie.

Nous croyons qu'une volonté publique et politique peut transformer des vies pour le mieux. Nous ne croyons pas au mensonge qui dit que la prostitution est inévitable. Nous croyons plutôt que la prostitution peut être abolie.

Comme hôte des Jeux olympiques de 2010, nous voulons que notre ville, notre domicile, refuse de prendre part au marché mondial de la chair fraîche qu'est le tourisme sexuel et envoie un message clair au monde entier que l'on ne vendra pas de femmes à Vancouver.

Nous croyons que toute femme sexuellement exploitée équivaut à une vie perdue. Nous sommes extrêmement attristées des vies de femmes perdues dans la prostitution, tout autant que de la perte de toutes les contributions que d'innombrables femmes encore vivantes auraient pu faire si elles n'avaient pas été réduites et abandonnées à l'esclavage sexuel.

Nous vous engageons vivement à refuser de croire que la prostitution est une activité normale ou un échange égal entre «deux adultes consentants». Nous vous demandons instamment de vous opposer à toute tentative d'ouvrir un bordel légal à Vancouver.

xpalss@shaw.ca

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