Où étions-nous, le 6 décembre 1989 ?

Wednesday, December 14 2011

Chaque 6 décembre est désormais, pour nous, Journée nationale de commémoration et d'action contre la violence faite aux femmes. Les images nous reviennent, et avec elles la tristesse.la colère. puis viennent la force et la détermination pour que cela cesse. plus jamais.never more. nada mas.

« La violence contre les femmes représente le plus grand scandale de notre époque en matière de droits humains. En temps de paix comme en temps de guerre, les femmes se voient infliger des atrocités pour la simple raison qu'elles sont des femmes. » Amnistie internationale.

Des millions de femmes sont battues, violées, assassinées, attaquées, mutilées, ou même privées du droit d'exister. Au moins une femme sur trois subira de graves violences au cours de sa vie. De la naissance à la mort, les femmes sont confrontées à la discrimination et à la violence dont se rendent coupables les États, la société ou les familles. Plus de 60 millions de femmes ont aujourd'hui « disparu » dans le monde en raison de la sélection prénatale selon le sexe et de l'infanticide des bébés de sexe féminin. Selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS), environ 70 p. cent des femmes victimes d'homicide ont été tuées par leur compagnon.

Nous vivons ici, au Québec, loin de la violence des bombes, mais colléEs à la violence intime, quotidienne, banale qui pourrit les rapports humains. Le Collectif masculin contre le sexisme a comptabilisé, depuis le 6 décembre 1989, le nombre de femmes et d'enfants tuées par un homme au Québec. Le chiffre est effarant, 634 femmes et 180 jeunes et enfants. Cela s'est fait derrière les murs d'une maison bourgeoise, au sein d'une famille apparemment unie, dans une ruelle venteuse du centre-ville. Le terrain était privé, ou public.

Nous sommes profondément bouleversées par l'ampleur des violences contre les femmes autochtones. Plus de 80% d'entre elles sont victimes de violence. Des statistiques consternantes réalisées en 1996 par le gouvernement canadien révèlent que les femmes autochtones âgées de vingt-cinq à quarante-quatre ans ont cinq fois plus de risques de mourir d'une mort violente que les autres femmes du même âge. Pourquoi tant de violence ? Ces violences résultent de pressions sociales constantes découlant des politiques gouvernementales imposées aux peuples autochtones. La marginalisation sociale et économique des femmes autochtones ajoutée aux politiques gouvernementales qui ont séparé les familles et les collectivités exposent un nombre démesuré d'entre elles à des situations dangereuses, à la pauvreté extrême, à l'itinérance et à l'industrie du sexe.

Où sommes-nous quand une femme est victime de violence derrière les portes closes de son foyer, dans la rue, au travail ? Quand une voisine se fait tabasser par son mari ? Quand une amie avoue que son mari la frappe et l'humilie devant ses enfants ? Quand un patron harcèle sa secrétaire à répétition ? Quand un grand-père viole sa petite-fille ? Quand une lesbienne de 15 ans se fait harceler dans la cour d'école ?

Chaque journée amène ses histoires. Ainsi cette année, 8 176 ont fui la violence et trouvé refuge dans une maison d'hébergement ; près de 700 femmes consultaient un Centre d'aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuels (CALACS), alors que 750 autres femmes étaient en attente de services ; près de 13 900 femmes frappaient à la porte d'un centre de femmes ; 14 797 femmes en détresse appelaient à l'aide en téléphonant à la ligne S.O.S. violence conjugale. Sans compter toutes celles qui encaissaient les coups en silence.

Que faire ? Comment savoir ? Comment prévenir et empêcher cette violence contre des femmes, perpétrée pour la seule raison qu'elles sont des femmes ?

Nous savons que le silence tue, et que les slogans seuls ne ressuscitent personne. Nous savons qu'il faut faire plus, passer de la conscience à l'action.

Se souvenir, pour agir.

La violence faite aux femmes ne doit être ni tolérée, ni acceptée. Nous croyons fermement qu'il est possible d'y mettre un terme.

Aujourd'hui, en ce dix-septième anniversaire de la tragédie de la Polytechnique, les Québécoises et les Québécois de tous les milieux demandent aux gouvernements un réel engagement pour que cesse la violence envers les femmes.

Et, encore une fois, nous demandons au gouvernement du Québec de nous écouter. Lors de la Marche mondiale des femmes en l'an 2000, les Québécoises et les Québécois ont revendiqué de leur État, qu'il finance une vaste campagne d'éducation sur la violence faite aux femmes étalée sur 10 ans, investissant 2,5 millions $ par an. Car nous sommes convaincues qu'il faut travailler en profondeur, à changer les comportements individuels, les préjugés, les relations inégalitaires. C'est toute la société québécoise qu'il faut convaincre du caractère criminel et intolérable des violences contre les femmes. Depuis 2000, à chaque 6 décembre, nous réitérons cette demande.

Le 6 décembre 2004, Amnistie internationale et la Fédération des femmes du Québec se sont unis pour déposer à l'Assemblée nationale, une pétition signée par 149 077 personnes appuyant cette demande. À cette revendication fondamentale de la Marche mondiale des femmes, l'État n'a répondu que partiellement, se contentant de campagnes ciblées sans miser sur l'approche globale que nous proposons. Aujourd'hui, 6 décembre 2006, nous revenons donc à la charge et répétons la même demande.

D'immenses territoires au Québec n'ont pas de services pour les femmes autochtones. Sans ressources, celles qui ont trouvé le courage de dénoncer la violence qu'elles subissent, se retrouvent en danger et leurs enfants également. Comment peut-on justifier le fait qu'une maison d'hébergement pour femmes victimes de violence située dans une communauté autochtone reçoive 200 000 $ de moins en subvention que les autres maisons d'hébergement au Québec ? C'est une honte ! Depuis près de cinq ans, Femmes Autochtones du Québec et la Fédération des femmes du Québec réclament des actions pour abolir cette iniquité. Les gouvernements du Québec et du Canada doivent cesser de se renvoyer la balle. Ils doivent augmenter le financement des maisons d'hébergement autochtones. C'est urgent ! Les femmes autochtones doivent trouver un refuge dans leur communauté pour elles et leurs enfants.

Nous interpellons aussi le gouvernement du Canada afin qu'il maintienne le registre des armes à feu. Les statistiques le prouvent, le contrôle des armes à feu sauve des vies, des vies de femmes. Le nombre de décès, de blessures et de crimes avec armes à feu, particulièrement par carabine ou fusil de chasse a diminué significativement depuis l'instauration du registre.

Nous interpellerons les éluEs, les juges, les journalistes et la population pour qu'ils et elles soient vigilantEs à leur tour. À nos concitoyennes et concitoyens, nous demandons beaucoup plus que de l'argent. Nous vous demandons d'être là, de garder les yeux et les oreilles ouverts, de partager avec nous le devoir de vigilance. Les groupes qui viennent en aide aux femmes en difficulté ne pourront jamais à eux seuls suffire à la tâche.

Pourquoi ne pas commencer tout de suite, aujourd'hui même ? Portez un ruban blanc, distribuez-le dans votre milieu de travail ; allumez à votre fenêtre une chandelle ; rejoignez les groupes de femmes de votre région qui appellent à la commémoration. Et puis, continuez : si vous croyez comme nous à la nécessité d'une grande campagne ou au maintien du registre des armes à feu, interpellez vos députéEs.

Nous, ensemble, femmes et hommes, soyons vigilantEs. Soyons de plus en plus solidaires. La violence faite aux femmes. plus jamais. never more. nada mas.

Michèle Asselin
Présidente
Fédération des femmes du Québec

Ellen Gabriel
Femmes autochtones du Québec
 

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