Où s'en vont nos services de planning des naissances ?

Thursday, August 12 2010

Où s'en vont nos services de planning des naissances ?


Montréal, 8 décembre 2003- Le 5 décembre prochain, la clinique de planning des naissances de l'hôpital Notre-Dame, première clinique de planning au Québec, fermera ses portes sans justification évidente. Pourtant cette clinique desservait plus de 4 000 femmes et pratiquait 500 avortements annuellement. Serions-nous encore en train d'assister à l'effritement des services de planning jugés non prioritaires ou non désirables par certains directeurs d'établissements ?

Au mois de mai dernier, les professionnel-les de la santé qui travaillaient à la clinique de planning apprenaient avec stupéfaction que celle-ci allait fermer ses portes au cours de l'été 2003. Suite à de nombreux pourparlers, M. Levine, directeur général de la Régie régionale de Montréal, a réussi à imposer un moratoire sur la fermeture jusqu'à ce que la Régie trouve le moyen d'assurer le transfert des 500 avortements et des autres services de planning, tels que les consultations en contraception, à d'autres établissements et ce, sans coupures de services pour les femmes.

Les deux seuls établissements qui étaient prêts à absorber ce transfert important étaient l'hôpital LaSalle et le CLSC des Faubourgs. Mais après évaluation des besoins financiers additionnels respectifs pour chacun d'entre eux, c'est l'hôpital LaSalle qui remporta la palme du plus petit investissement nécessaire. Or, bien que le CLSC des Faubourgs soit beaucoup plus accessible aux femmes du territoire montréalais, l'hôpital Notre-Dame a conclu une entente avec l'hôpital LaSalle qui se retrouve très loin du centre-ville. Les femmes devront donc parcourir un long trajet en métro et en autobus pour s'y rendre.et en revenir! Heureusement, des budgets sont prévus pour défrayer les coûts de transport pour les femmes qui n'en ont pas les moyens.

Cette fermeture est justifiée par les démarches de redressement des finances de l'hôpital Notre-Dame. Comme chaque département se devait de récupérer un peu d'argent, le département de médecine générale a mis le couteau dans les services de planning qui, dans les faits, représentaient une part insignifiante de l'ensemble des dépenses générales du département. Selon le Dr Guimond du Comité vigilance (Regroupement québécois des professionnel-les de la santé qui travaillent dans les services d'avortement), « la fermeture sera considérée comme une grande victoire pour tous les bigots qui croient que la raison morale, religieuse ou éthique doit primer sur la liberté de choix des femmes en matière de contraception et d'avortement ».

Selon Martine David, coordonnatrice à la Fédération du Québec pour le planning des naissances, « Bien que cette fermeture soit très choquante, nous ne sommes pas surprises. Depuis que nous avons perdu les budgets protégés en planning dans les années 1980 et que les gouvernements sont engagés dans la lutte au déficit zéro, les cliniques de planning sont les premières à se voir couper une partie ou la totalité de leur service. Pourtant, on sait fort bien que l'ensemble des femmes auront recours aux services de planning tout au long de leur vie sexuelle et reproductive. » Par ailleurs, même si le gouvernement a investi 2,7 millions en 2001 pour consolider et augmenter l'accessibilité aux services d'avortement, certains établissements se désengagent graduellement de l'offre de ce service.

Pour la population, la fermeture de la clinique de planning de l'hôpital Notre-Dame constitue une perte énorme au niveau de l'expertise au sein d'un service qui existait depuis plus de 30 ans et qui demeurait, pour plusieurs femmes, le lieu premier de référence. Il s'agissait aussi d'un des seuls centres hospitaliers à offrir un service téléphonique personnalisé pour les rendez-vous en avortement, cinq jours par semaine. Pour Martine David, « Comme la clinique desservait principalement des Montréalaises, il serait étonnant qu'une majorité des 500 femmes qui utilisaient ces services se rendent dorénavant jusqu'à l'hôpital LaSalle, ce qui risque d'encombrer encore plus les listes d'attente déjà surchargées à Montréal et d'augmenter l'angoisse des femmes qui devront peut-être attendre plusieurs semaines avant d'avoir accès à un service d'avortement ».

Cette fermeture s'inscrit également dans un contexte de fusion des établissements et de mouvance vers des services de troisième ligne ultra spécialisés. En effet, l'hôpital Notre-Dame qui fait partie du Centre hospitalier universitaire de Montréal (CHUM) au même titre que l'hôpital St-Luc et l'Hôtel-Dieu, a déjà commencé à délaisser ses services de première ligne avant même que le CHUM ne revoit de manière globale son mandat. Dans ce contexte, quelle place sera faite aux services de planning qui sont davantage de l'ordre de la prévention et qui répondent aux besoins essentiels de base des femmes ?

De son côté, la Régie régionale de Montréal s'est engagée à suivre de près le dossier du transfert. Pour ce faire, elle a demandé au centre hospitalier LaSalle de transmettre mensuellement des informations sur le volume d'interruptions volontaires de grossesse, et sur les rendez-vous annulés ou référés à d'autres établissements. Elle restera aussi à l'affût de l'augmentation de la demande dans les services d'avortement offerts à Montréal, notamment au CLSC des Faubourgs et au Centre de santé des femmes et demeurera à l'écoute des besoins des femmes de la région de Montréal dans ce domaine.

Fédération du Québec pour le planning des naissances
Téléphone : (514) 866-3721
 

Latest news

Browse by topic