Projet de loi sur les services de garde : La ministre Théberge désavoue le réseau des CPE et organise la privatisation des services de garde en milieu familial

Thursday, August 12 2010
QUEBEC, le 26 oct. /CNW Telbec/ - Le projet de loi déposé aujourd'hui par la ministre Carole Théberge ouvre toute grande la porte à la privatisation des services de garde en milieu familial, qui offre 88 000 des 200 000 places au Québec. L'article 38 du projet de loi stipule en effet que les nouveaux Bureaux coordonnateurs du milieu familial pourront être "un CPE, une personne morale, une société ou une association". Des garderies à but lucratif ou tout autre genre de corporation motivée d'abord par le profit pourront ainsi s'approprier, sur simple décision de la ministre, les responsabilités de reconnaissance, de surveillance et de support pédagogique des responsables de garde en milieu familial.


 

Les intentions de la ministre, sous couvert de prétention à la qualité, tombent bien mal alors que l'Institut de recherche en politique publique publiait le même jour une étude confirmant la supériorité des services en CPE versus le secteur privé, faisant notamment ressortir la contribution importante du lien CPE-Réseau du milieu familial pour assurer la qualité des services aux enfants qui fréquentent ce milieu. "Que la ministre ne nous serve pas le discours de la qualité alors qu'elle met sur la table un projet qui l'attaque de front. La ministre réalise-t-elle qu'elle vient à nouveau de gifler celles et ceux, parents, personnel et partenaires qui, depuis 30 ans, ont construit un réseau dédié au mieux-être et au développement de nos tout-petits?", de s'insurger Hélène Potvin, présidente de l'Association québécoise des centres de la petite enfance.


 

La création de 130 Bureaux de coordination du milieu familial, nouvelles mégastructures, ne présage en soi aucune économie réelle, à moins que la ministre ne confirme que l'opération vise effectivement à comprimer de 50 M $ les sommes allouées à la surveillance et à l'accompagnement du travail des éducatrices en milieu familial, entraînant la perte de centaines d'emplois de conseillères pédagogiques à travers tout le Québec.


 

Les responsables de garde en milieu familial, plus isolées de par la nature de leur service, seraient encore plus démunies quand viendra le temps d'obtenir du soutien auprès de ces mégastructures. Ultimement, c'est donc la qualité des services aux enfants et aux parents qui est en jeu parce que les éducatrices en milieu familial disposeront de moins de ressources pour soutenir leur travail, notamment auprès des enfants nécessitant une intervention pédagogique particulière.


 

Double désaveu


 

Le projet de loi ne se contente pas de démembrer le lien CPE-Milieu familial, il attaque également de plein fouet les compétences des directions et des parents administrateurs de CPE, qui ont pourtant développé un réseau et un concept de services à la petite enfance qui constitue une des plus belles réalisations du Québec des dix dernières années. "La ministre s'est appliquée plus d'une fois ces derniers mois à dénigrer la gestion des CPE, sans quelque fondements probants. Pour tuer son chien, on dit qu'il a la rage", s'indigne Jean Robitaille, directeur général de l'AQCPE. Comment interpréter autrement les intentions de la ministre qui affirme que pour assurer la bonne gestion des subventions versées aux CPE, des pouvoirs accrus seront mis en place afin de subordonner l'ensemble des décisions des conseils d'administration au bon vouloir de la ministre, alors que les garderies privées à but lucratif ne seront nullement soumises à une semblable mise en tutelle. C'est pourtant l'autonomie des CPE, bien enracinés dans leur communauté, et leur capacité à prendre des décisions adaptées aux besoins spécifiques de leur milieu, qui a fait leur force et a démontré leur potentiel d'innovation.


 

Deux éléments positifs


 

Si deux éléments de ce projet de loi peuvent apparaître positifs (l'offre de services de garde à horaire atypique et la reconnaissance de normes éducatives pour les enfants) les inquiétudes demeurent quant à leur financement alors que les CPE ont subi des coupures de plus de 100 M$ ces trois dernières années.


 

Un choix de société à défendre


 

En 1997, la société québécoise a choisi de prendre soin de la petite enfance. Le changement d'appellation de garderies populaires à CPE n'avait rien d'une opération cosmétique. On passait d'un service centré sur les besoins des parents à des services d'abord centrés sur les besoins des enfants. Visiblement, la ministre n'a pas saisi ce choix de société.


 

Le conseil d'administration de l'AQCPE se réunira le 27 octobre pour déterminer des actions à prendre pour éviter l'adoption d'un projet de loi qui compromettrait dramatiquement la qualité des services de garde éducatifs offerts aux enfants et aux familles du Québec.

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